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 Soirée au coin du feu ;; Will

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MessageSujet: Soirée au coin du feu ;; Will   Dim 27 Avr - 12:10


Âtre & Pages
Les braises crépitaient dans la cheminée, chauffant doucement mon corps avachi dans un des fauteuils.  De mes yeux las, je parcourais les lignes d'un livre dont je connaissais déjà la fin.  Mais je ne m'en souciais guère car cela faisait certainement quelques années que je l'avais pas lu et j'avais oublié certaines parties de l'histoire.  De plus, j'étais persuadé – et n'hésitais pas à le répéter à qui voulait l'entendre – qu'il n'y avait pas un ouvrage dans le manoir qui n'était pas passé entre mes mains.
Le salon était l'endroit parfait pour lire, bien que la bibliothèque semblât a priori plus appropriée.  Mais il y avait deux raisons pour lesquelles je n'y étais resté que le temps d'attraper de quoi lire, sans m'y attarder trop longtemps.  La première était que Robin y rôdait sûrement et la seconde était que le silence morbide qui, trop souvent, régnait là me dérangeait.  Et en cela, ma chambre ne valait mieux.  Je ne m'y rendait d'ailleurs que pour dormir ou être seul, en général.
Dans le salon, en revanche, il faisait chaud et agréable.  La pendule balançait doucement et le feu dansait dans l'âtre.  Parfois même quelqu'un passait, contribuant aux bruits légers qui donnaient de la vie à cette pièce.

Je tournai ma page, n'ayant rien retenu de ce que je venais de lire mais poursuivant tout de même le récit.  L'horloge sonna neuf heures du soir et je levai les yeux vers elle, comme pour inciter les aiguilles à tourner plus vite.  Ce soir était un soir où tout ce dont j'avais envie était de pouvoir aller me coucher.  Peu importe à quel point mon fauteuil était confortable ou les flammes dans la cheminée agréables, je n'étais pas d'humeur à lire.  Abandonnant ce qu'il me restait de bienséance, je m'allongeai, ma tête reposant un accoudoir et mes cuisses sur l'autre.  Je fermai mon livre et couvris de mes bras mon visage.  Je n'avais pas besoin de m'asseoir correctement.  Je faisais ce que je voulais, et personne ne pourrais me dire quoi que ce soit.

Un soupir s'échappa de mes lèvres alors que je fermai les yeux, n'écoutant plus que le craquement des braises et le battement régulier de la pendule.  Je m'endormis sans doute – mais pas très longtemps, le livre n'ayant pas encore glissé de mes mains lorsque je me réveillai – et revint à moi lorsque la porte du salon s'ouvrit soudainement.




Dernière édition par Drew W. Northwoods le Mer 30 Avr - 18:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Soirée au coin du feu ;; Will   Dim 27 Avr - 15:54

Soirée au coin du feu

Les raisons qui poussèrent le majordome à se rendre dans le salon étaient méconnues, probablement même de lui-même. La soirée était pourtant le moment de la journée où les domestiques s’activaient. Les repas avaient été consommés, on était à l’heure des derniers rangements avant le  travail nocturne. Pourtant William errait dans les couloirs, ses pas ne résonnaient quasiment pas sur le tapis. Cela lui arrivait de quitter la scène plus tôt que prévu, après avoir donné ses consignes qu’il répétait chaque soir avec cette froideur mécanique. Il disait toujours que c’était pour vérifier la position des invités, mais sans doute voulait-il fuir ces âmes qu’il voyait chaque jour de sa longue éternité.

Maintenant qu’il était seul, il pouvait soupirer en paix, mais le poids sur ses épaules ne s’en allait pas pour autant. Il était las de cette existence, de cette mort sans fin, de cette malédiction. Pourtant, il s’était dit qu’il ferait des efforts, qu’il tenterait de voir le bon côté des choses. Encore un élan de stupidité de sa part, mais on ne se refaisait pas. Sa vie était rythmée de ses faux espoirs et  de ses crises. Il la connaissait mieux que quiconque, sa faiblesse, pourtant il était toujours incapable à mettre fin à ce calvaire. S’il s’arrêtait d’espérer, alors peut-être pourrait-il enfin perdre le peu d’humanité qui lui restait.

Cette pensée lui fit suffisamment peur pour chercher la compagnie, n’importe qui ferait l’affaire. Peut-être parce qu’il voulait être optimisme, encore un tout petit peu avant que la fatalité de l’emporte encore une fois : celle de ne pas pouvoir mourir. Il fallait occuper cette tête qui recommençait à faire des siennes. La porte qu’il ouvrit fut celle du salon, et bien entendu, l’anglais tomba sur la seule personne qu’il aurait voulu éviter.

Il aurait sans doute pu refermer la porte pour éviter le regard bleuté de cet ancien ami. Toutefois, un employé ne pouvait pas éviter un employeur. C’était de cette résolution chancelante qu’il pénétra dans la salle, raide et rouillé comme il pouvait l’être lors de mauvais jours. Malgré tout, il fuyait son regard, préférant se perdre dans les flammes de la cheminée. Au seuil de la porte la porte, il demanda le plus poliment possible, même la voix laissait transparaitre sa fatigue :

«  Navré de vous avoir réveillé, Monsieur. Dois-je disposer pour vous laisser vous reposer ou avez-vous besoin de mes services? »

Il s’était légèrement courbé à sa requête, pourtant quelque chose clochait dans ses mouvements. Peut-être était ce visage encore plus pâle qu’à son habitude, peut-être était-ce ce regret de ne plus pouvoir parler comme autrefois, lorsqu’il vivait encore. Avait-il vraiment besoin de cela maintenant ? Il releva la tête, osant s’attarder sur l’adolescent encore à moitié endormi. William hésita, ouvrit la bouche encore une fois, mais la referma aussitôt. A quoi bon ? Il n’était plus qu’un vestige de lui-même. Il ne saurait plus comment lui parler. Tout ce qui lui restait, c’était son travail.

Et rien d’autre.


"Ces flammes marquent le début dans notre douleur et de notre malédiction. Je ne peux redouter cette danse brûlante qui avait fait arrêter notre temps. Enfin, surtout le mien.  "

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MessageSujet: Re: Soirée au coin du feu ;; Will   Mer 30 Avr - 19:32


Fauteuil & Lueur
Le boucan que la porte avait fait en s'ouvrant se tut bien vite, laissant le silence paisible revenir.  Les braises dans l'âtre, la pendule, et à présent aussi des pas légers qui se déplaçaient dans la pièce.  Je songeai un instant à simplement rester ainsi, allongé dans le fauteuil, mes bras cachant mon visage de la lueur du feu.  Je pouvais faire comme si de rien n'était et attendre que la personne s'en aille.  Personne ne m'en tiendrait rigueur.  Cependant, l'homme qui était entré était la seule personne que je ne pouvais pas simplement ignorer.

▬ Navré de vous avoir réveillé, Monsieur. Dois-je disposer pour vous laisser vous reposer ou avez-vous besoin de mes services ?

Je dégageai doucement mon visage dissimulé derrière mes manches et repris une position un peu plus convenable.  La pendule indiquait à présent neuf heures dix-sept.  William se tenait au centre de la pièce, l'air aussi épuisé que d'habitude.
Je posai mes mains sur le dossier du fauteuil et me hissai, me tournant dans sa direction.

▬ Reste ici...  J'ai besoin de tes services.

Services n'était certainement pas le terme approprié.  Je voulais juste qu'il reste avec moi.  Le William que j'avais en face de moi n'était certes pas « mon » William.  Le mien souriait paisiblement et avait une les yeux qui brillaient sous le soleil d'été.  Celui-ci, en revanche, me fixait d'un regard vide, le visage raide et froid.  Mais ce n'était pas grave, car je savais qu'à l'intérieur de celui-ci, se trouvait l'autre.

▬ Assieds-toi.

Je désignai un fauteuil proche.  Il était clair que je n'attendais pas de lui qu'il m'apporte une tasse de thé mais que je désirais seulement profiter de sa compagnie.  Et, d'une certaine manière, lui imposer la mienne.  Mais je désirais croire que rester auprès de moi de lui était pas si désagréable.


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MessageSujet: Re: Soirée au coin du feu ;; Will   Mer 30 Avr - 22:46

Soirée au coin du feu

Il le dévisagea un instant, espérant sans doute qu’il s’agissait d’une plaisanterie et qu’il pourrait s’esquiver. Mais non, il voulait qu’il s’assît, à ses côtés qui plus est. Le pire, c’était qu’il n’avait pas la force de se défiler. Il aurait bien pu prétendre à une activité bien plus pressante, mais par respect en ce vieil ami, il n’avait pu mentir. Drew n’était pas la compagnie la plus confortable pour son cœur glacé, malgré tout, cette saveur de nostalgie contamina sa gorge sèche. Peut-être qu’il avait attendu cette occasion finalement, pour retrouver des fragments de son âme brisée.

Alors il lui obéit, même si on pouvait lire une certaine réticence dans son regard. Il s’installa en bordure du siège, comme pour repartir s’il y avait une quelconque demande du maître. Il n’était pas coutume que l’on invite un servant à ce genre d’activité familière. Mais Drew avait toujours été différent. On pouvait dire qu’il manquait de manière, mais William avait toujours préféré dire qu’il était chaleureux et curieux de la pensée des autres classes.

Il n’avait jamais pensé recevoir un traitement de faveur de sa part, même s’ils avaient été compagnon de jeux. Drew avait toujours été ainsi, et c’était pour cette raison qu’il l’avait apprécié dans sa jeunesse. Cela n’avait pas changé, mais il avait la sensation qu’il n’était pas à sa place dans le salon. Ses yeux se perdirent dans la cheminée et il s’arrêta de respirer, bien plus tendu qu’il l’était autrefois.

Le blondinet attendait sans doute qu’il dise quelque chose, mais les sujets de conversation de notre majordome n’avaient pas été très riches ces dernières décennies.  Mais le crépitement des flammes le ramenait des années en arrière, lorsque tous deux étaient encore vivants. Croisant ses doigts, il tenta de se remémorer comment ils débutaient leurs conversations, mais il ne trouva aucune réponse. Ils se parlaient beaucoup pourtant, dans cette même salle.

Ici même, ils avaient ris, joué, conversé gaiement dans cette jeunesse d’or. Comment étaient-ils arrivés à ce silence pesant qui assombrissait cette soirée ? C’était de sa faute, lui s’était éloigné avec le temps, comme un bateau à la dérive.  Il déglutit un instant, regroupant ce reste d’humanité qu’il pouvait encore saisir avant d’articuler:

« Vous …»

Mais la suite ne vint pas. Il avait beau se triturer les méninges, il ne trouva pas quelque chose qui méritait d’être abordée. Au lieu de reprendre, l’anglais soupira de désespoir et se laissa tomber lourdement dans son siège. Ce geste fit écho dans sa mémoire, se rappelant qu’il avait cette habitude, lorsque sa journée avait été trop éprouvante pour l’adolescent qu’il avait été.

Il rit intérieurement de ce manque de manière, brisant légèrement ce masque inerte qu’il s’était créé. Un vague sourire s’incrusta sur ses lèvres, une once d’amusement qu’il ne parvint pas à dissimuler. Cette chaleur était agréable, ce feu qu’il abhorrait l’avait légèrement détendue. Peut-être aussi, parce qu’il était souvenu de quelque chose d’important, qu’il avait oublié dans ce désir de ne plus qu’être un pantin. Alors il retenta une nouvelle fois, sur un ton un peu moins formel :

« Je n’ai jamais été très doué pour entamer la conversation. Même avant, je commençais toujours par vous demander les lectures que vous aviez entamées. Mais vue votre mine, je doute que vous ayez retenu quoique ce soit aujourd’hui. Cela n’aurait pas été plus simple de vous coucher directement ? »

Il n’avait fallu que d’un détail pour réveiller les anciens instincts. C’était encore un peu froid, il vouvoyait et il avait forcé pour que sa voix ne s’éteigne pas, mais il avait cette impression que cela ressemblait à son attitude de l’époque. Ou du moins c’était ce qu’il tentait de se persuader. Ses pupilles se décalèrent vers son cadet, avec lueur d’espoir. Le masque s’était fendu.

Peut-être arriverait-il à lui parler normalement. Comme si le temps ne s’était jamais arrêté. Ou du moins c’était son souhait.

"Nostagique de nos rires, je n'avais cessé de me demander ce qu'il aurait fallut faire pour les préserver. Mais la réponse était peut-être qu'il en fallait créer de nouveau, tout simplement. "

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MessageSujet: Re: Soirée au coin du feu ;; Will   Ven 2 Mai - 21:49


Sourire & Passé
William prit place dans le fauteuil le visage crispé, s'asseyant sur le bord du coussin comme s'il se préparait à s'enfuir dès qu'il le pourrait. Le froncement de ses sourcils et la moue que formaient ses lèvres semblaient clairement indiquer du déplaisir et, pendant un bref instant, je m'en voulus de lui avoir demandé de rester à mes côtés. Le regard de mon ami se plongea dans les flammes qui créaient sur sur visage des ombres dansantes. Je restai ainsi, sans dire un mot, contemplant simplement les lueurs chatoyantes qui éclairaient nos corps épuisés.

Ce fut finalement Will qui tenta en premier de briser le silence.

▬ Vous ...

Mais il s'arrêta là, soupirant et laissant son dos retomber contre le fauteuil. Il était certainement difficile pour lui, qui semblait toujours m'éviter, de trouver quoi dire en cet instant. Moi-même, je sentais les mots pendus au bord de mes lèvres mais ne parvenais pas à les faire parvenir jusqu'à William. Chaque idée de conversation me semblait stupide et je me contentais donc d'observer le visage de mon ami en espérant que le silence ne durerait pas éternellement.
Et, à ma grande surprise, William sembla bientôt de détendre, comme si le simple mot qu'il avait prononcé avait suffi à débloquer en lui un engrenage qui, entraînant les autres, avait ramené le jeune majordome à la vie. Un mince sourire parut se former sur ses lèvres et il se tourna vers moi, les flammes dansant sur ses iris noisette.

▬ Je n’ai jamais été très doué pour entamer la conversation. Même avant, je commençais toujours par vous demander les lectures que vous aviez entamées. Mais vue votre mine, je doute que vous ayez retenu quoique ce soit aujourd’hui. Cela n’aurait pas été plus simple de vous coucher directement ?

C'est vrai. Je lui parlais souvent des livres que je lisais, autrefois. Le fait qu'il se souvienne encore de cela après toutes ces décennies fit naître un sourire sur mes lèvres tandis que je me tournai vers la cheminée pour contempler le feu et m'emplir de sa douce chaleur.

▬ Il est trop tôt pour ça. Je ne peux pas aller dormir n'importe quand juste parce que ce serait plus simple. Sinon, je finirais certainement par rester enfermé dans ma chambre, blottis sous mes couvertures en permanence. Je ne peux pas utiliser le sommeil pour fuir la réalité.

J'émis un rire léger à cette pensée. Ce serait une situation bien ridicule.

▬ Alors même si je m'ennuie, je préfère me forcer à rester debout et à chercher quelque chose à faire pour m'occuper. Mais il est vrai que ma lecture n'a pas été très productive ce soir...

Je m'étirai puis croisai les bras derrière ma tête dans un soupir.

▬ Enfin, ce n'est pas très grave. Après tout, j'ai déjà lu ce livre. Alors ce n'est pas un drame si je me laisse un peu distraire.

Je regardai à nouveau mon ami, mes lèvres toujours étirées en un mince sourire, qui était certainement à présent moins dû au fait que Will avait réussi à entamer la conversation qu'au fait que j'avais su formuler une réponse.


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MessageSujet: Re: Soirée au coin du feu ;; Will   Lun 12 Mai - 19:39

Soirée au coin du feu

La chaleur embaumait ces deux âmes qui se redécouvraient une nouvelle fois. Le  dialogue qui s’était coupé autrefois se reliait de nouveau, quoique timidement. William avait passé des années, des décennies à fuir cet ancien ami. Avouons qu’il n’était pas totalement à son aise, même s’il tentait de sourire. Les restes de lui se reconstituaient doucement, comme un puzzle gigantesque. Il ne regrettait pas de s’être fait violence, mais cette équilibre était fragile, tellement fragile. Parce que l’anglais avait vécu des années à s’aliéner, tout ce qui sortait de son quotidien l’angoissait.

Comme l’Espoir de pouvoir s’en sortir de ce Spleen où il s’était égaré.

Malgré tout la discussion était plaisante. Il était vrai qu’il était tôt, surtout lorsqu’on considérait qu’un fantôme n’avait plus besoin de dormir. Lui-même dormait rarement plus que de deux heures, toujours en proie à des cauchemars. Pourtant, le sommeil était sans doute la forme la plus proche de la mort. Sans les rêves bien entendu. Il posa sa joue contre son poing, accoudé à l’accoudoir de son fauteuil. Au fond, le sujet importait peu, alors il ferma les yeux. Cette voix faisait écho dans son cœur. C’était la porte au souvenir, à son ancienne vie…

Drew avait cessé de parler depuis quelques secondes lorsqu’il rouvrit les yeux, sursautant légèrement. C’était à son tour de reprendre, mais que dire ? Cela faisait longtemps  qu’il ne s’était pas retrouvé dans un échange qui se voulait conviviale. Ses pupilles semblaient chercher les mots adéquats. Son problème était que les livres restaient les même à travers les âges. Il entra dans une réflexion mécanique, avant de déclarer avec une légère hésitation :

« N’avez-vous…  Jamais songé à vous diriger au village pour emprunter un ouvrage ? Ce n’est peut-être pas aussi philosophique que ceux de notre époque, mais j’ai pu dégoter un livre d’astronomie il y a quelques années. Les technologies ont tellement changé depuis … qu’on a changé. »

Son regard s’assombrit. Même l’esquiver n’effaçait pas leur tragique destinée. Ils étaient mort tous les deux, et ce depuis plus d’un siècle. Au fond, pourquoi cherchait-il à l’ignorer ? Son cœur battait au ralenti, son corps traversait la matière. Il pouvait même disparaître aux yeux du monde entier. Mais âme était là, irrémédiablement là, piégée dans un filet invisible sur Terre. Il baissa la tête, cachant son visage par ses mains. Y penser le rendait glacial, y songer l’enfonçait un peu plus dans cette douleur. Mais aucun de ses doutes ne traverserait ses lèvres, juste cette rage ne devait se montrer. C’était ce qui l’abrutissait, mais paradoxalement c’était la preuve que le combat ne cessait jamais.

« Veuillez m’excuser, la fatigue Monsieur. »


Mais cette fatigue-là ne se soignait ni en dormant, ni avec le temps. Il se redressa légèrement, d’un sourire maladif. Cela avait commencé comme cela aussi, avant cette amertume. Avant la rage, il y avait eu le silence qui l’avait isolé de ces camarades fantomatiques. Parce qu’il avait été un homme fier, peut-être légèrement renfermé lorsqu’il s’agissait de ses frayeurs, il était tombé aussi bas.

Que cette larme sur le coin de son œil scelle cette agonie qu’il voulait garder secret. Pour une fois qu’il voulait croire en une soirée comme autrefois.

"Nous avons beau jouer cette mascarade, il n'y avait qu'une réalité. Si c'était à refaire, j'aurais sans doute préféré mettre fin à ce coeur moi-même que par cette malédiction... "

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MessageSujet: Re: Soirée au coin du feu ;; Will   Jeu 19 Juin - 12:03


Voile & Vérité
Un silence paisible s'installa tandis que William semblait chercher ses mots.  Ses yeux noisettes se promenaient autour de la pièce et ses lèvres formaient une moue pincée qui traduisait la réflexion dans laquelle il s'était plongé.  Finalement, il ouvrit la bouche pour émettre une idée, semblant d'abord satisfait d'avoir finalement pu posé une question qui – il semblait l'espérer – était pertinente.

▬ N’avez-vous…  Jamais songé à vous diriger au village pour emprunter un ouvrage ? Ce n’est peut-être pas aussi philosophique que ceux de notre époque, mais j’ai pu dégoter un livre d’astronomie il y a quelques années. Les technologies ont tellement changé depuis … qu’on a changé.

Mais rapidement, il sembla regretter ses mots, comme s'il avait toujours considéré notre décès comme étant un sujet tabou et, pendant un instant, l'avait oublié.  Il baissa le visage, cachant de ses mains pâles son regard torturé, et articula quelques excuses.

▬ Veuillez m’excuser, la fatigue Monsieur.

Je ne lui en voulais pas, bien sûr.  La réalité ne cessait pas d'être juste parce qu'on n'en parlait pas.  Nous étions morts, et parce que rien ne pourrait changer cela, il était évident que faire semblant de l'ignorer ne servirait qu'à nous accabler encore plus lorsque l'évidence de la situation se ferait trop forte.

J'étais bien placé pour savoir cela, et pourtant je fuyais moi aussi.  Je cachais mon visage derrière mes mains et je me lamentais.  Je savais très bien pourquoi je n'avais jamais été chercher un livre au village, mais j'avais réussi à me convaincre du contraire, au point que lorsque William me suggéra de le faire, ma première pensée fut « Pourquoi n'y suis-je jamais allé ? »

▬ Je crois...  Je crois que c’est ce qui me fait peur en fait.  Je peux imaginer que le village a énormément changé depuis la dernière fois où je m'y suis rendu.  Certainement, les gens ont beaucoup changé, les bâtiments ont été remplacés par d'autres et des objets que je n'aurais jamais pu imaginer y ont trouvé leur place.

Si j'avais encore été vivant, j'aurais certainement rougi de ma stupidité, mais heureusement pour moi, les battements de mon cœur de le permettait plus et mon visage resta aussi blême qu'à son habitude.  
Incapable de trouver mes mots, je baissai les yeux, observant les mailles du tapis avec une très grande attention, contemplant les fils qui se chevauchaient et qui, tous ensemble, étaient capable de former un motif qu'ils n'auraient pas pu réaliser seuls.  Et tandis que je me penchais sur la surprenante complexité que cachait un simple tapis, j'avalai ma salive et repris la parole.

▬ Je peux deviner tout cela sans aller le voir...  Mais tant que je reste ici, je peux garder en moi le doute que rien n'a changé.  Et même si tu me le dis, je peux continuer à croire que tu me mens.  Il n'y a que lorsque je me rendrai là-bas moi-même que je verrai dans quel état le village est et, s'il est vraiment si différent, il me sera impossible de continuer à douter.

Je ne savais pas si mes paroles avaient du sens, ou si Will comprenait ce que je voulais dire...  Mais cela n'avait pas tant d'importance, car je parlais autant pour lui que pour moi.  Pouvoir penser à voix haute m'aidait à comprendre ce que je ressentais.

▬ C'est assez stupide, non ?  Je ne devrais pas avoir besoin de preuve.  Je sais déjà tout cela.  Et pourtant, je m'accroche à la possibilité, si petite soit-elle, que le village que j'ai connu autrefois soit toujours là.  Je ne veux pas voir le passé disparaître...  Si le monde doit s'arrêter de tourner pour nous, alors il est injuste qu'il continue pour les autres.

Mon rire, qui se moquait de ma propre bêtise, résonna un instant avant de disparaître dans le craquement des braises.  Le feu continuait à danser tandis que je retrouvais mon silence.  Tout était apparemment destiné à disparaître dans les flammes.


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MessageSujet: Re: Soirée au coin du feu ;; Will   Sam 21 Juin - 22:21

Soirée au coin du feu

Ce n’était qu’une discussion au coin du feu, qu’une soirée de retrouvailles entre deux anciens amis. Dans ce monde, c’était censé être un moment heureux, où les souvenirs nous rendaient nostalgiques et devenaient précieux. Mais ça, c’était pour les vivants, il fallait croire que pour deux entités fantomatiques, le constat d’une vie éternelle était loin d’être un cadeau. La mémoire devenait des chaînes d’acier qui leur rappelaient que même s’ils ne changeaient pas, le monde lui tournait ineffablement. Les gens naissaient et mourraient, ils déménageaient, changeaient de travail et d’environnement. Mais William n’avait jamais eu la force d’aller plus loin que le village. Il aurait aimé fuir comme son prédécesseur, mais il n’avait jamais pu céder à cette pulsion.

Pourquoi ? Peut-être parce que ceux qu’il avait aimés restaient là, même s’il n’avait presque plus aucun lien avec eux.

Alors il avait écouté Drew d’un silence religieux, son sourire s’effaça, pour une mine peinée, accablée par les frayeurs de son ami. Peut-être parce qu’il n’avait jamais songé que LUI souffrait de cette situation.  Il était le fils du Maître, celui qui avait sa liberté en même temps que cette malédiction. Sa famille était encore présente, ses servants, ses amis qui avaient péri dans le bal aussi. Et puis le blond souriait souvent, cherchant de nouvelles distractions inlassablement. Qui aurait-crû que lui aussi avait les craintes d’un changement ? Finalement, il avait été aveugle, tout ce temps. Sans doute parce qu’il avait été obsédé par ses propres malheurs.

« Je vous avais cru invincible… » Murmura-t-il, brisant ce silence oppressant.  

Cette simple confession résumait son sentiment. Maladroitement, le majordome posa sa main sur l’épaule de l’adolescent. Peut-être pour tenter de le rassurer quelque part, qu’il n’avait pas vraiment changé, et lui non plus. Bien sûr ce n’était qu’un mensonge, le William qui aspirait au poste de son père, le Drew qui ne pouvait fuir ses obligations, tout cela n’avait plus aucune existence. Même s’ils étaient morts que leurs corps restaient similaires, leurs âmes avaient été écrouées, torturées par l’aiguille de l’horloge. Ce tictac éternel. Peut-être que Drew pourrait voir cette lueur fébrile dans ces pupilles. Une simple vague d’empathie, sans doute.

«  Rien ne vous oblige à ouvrir les yeux. Je vous ramènerai des livres de là-bas si vous le désirez, je peux aussi vous mentir si vous souhaitez rester dans votre cocon.  Dire que rien n’a changé, que les Smiths sont toujours aussi grincheux, que les Stones ont encore voulu refourguer leurs ânes malades, je le ferais. Si c’est votre vœu, je serai votre complice dans cet artifice. Mais, si mon cadavre peut se permettre un brin de franchise, je pense que cela vous ferez du bien de voir par vous-même. »

Il avait resserré la prise, comme si le souvenir de ce voyage lui procurait encore ce tremblement désagréable. Parce que le choc avec été si rude, il s’était retrouvé perdu dans monde qu’il n’était plus le sien. Et pourtant…

« Ce Manoir m’écœure Drew. Ces tapis poussiéreux, ces salles miteuses et ces bougies vacillantes me rendent fou. Cet Univers qu’il représente n’est qu’une prison. Je n’ai désiré que disparaitre dans ce théâtre ridicule! Mais finalement qu’est-ce qui nous empêche de changer, si ce n’est justement cette malédiction ? Moi, je n’ai plus la force d’aller vers les autres, plus la force de battre pour une situation plus agréable. Je ne suis qu’un employé, majordome ou non ne change rien à mon Destin. Mais vous le pouvez encore ceux qui peuvent changer notre sort, c’est peut-être vous, les Maîtres du Manoir. C’est aussi pour ça que je… »

Vous déteste.

Mais cette pensée se noya dans les ténèbres de son esprit. Comment ses mots pouvaient l’aider, il venait d’attaquer son nid en quelque sorte. Alors il se rétracta, rendant la liberté de son épaule et bafouillant des excuses incompréhensibles. L’anglais baissa la tête, les yeux dans le vague, dans cette fosse qu’il s’était construit seul. Comment le rassurer ? Commente le soutenir ? L’avait-il su au moins un jour ? Etait-ce vraiment ce qu’il voulait, ou le devoir d’un fidèle servant ?

Il ne savait plus, c’était bien pour cela qu’il n’était plus que débris.


"Un camarade fidèle est-il celui qui vous cache les yeux ou celui qui vous crie dans les tympans?"

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MessageSujet: Re: Soirée au coin du feu ;; Will   Ven 18 Juil - 13:34


Épaule & Chemin
Le visage tourné vers la cheminée, mon regard était toujours perdu dans les flammes lorsqu'un murmure de mon ami me fit sortir de mes rêveries.

▬ Je vous avais cru invincible…

Je me tournai brusquement vers William, oubliant l'embarras que m'avaient causés mes aveux, et scrutant son visage comme si j'espérais y voir la trace d'une quelconque plaisanterie.  Mes sourcils se froncèrent en une moue d'incompréhension et je me préparai à lui répondre sur un ton moqueur lorsque sa main se posa doucement sur mon épaule.  Ce simple contact suffit à m'imposer le silence en je baissai à nouveau les yeux, attentif à ce que mon ami allait dire.

Il est étrange de voir comme une simple main froide pouvait constituer un si grand réconfort, comme un simple toucher suffisait à ne pas se sentir seul.  Même en trouvant toujours quelqu'un avec qui passer du temps, je me sentais abandonné.  Ce n'est pas parce que des gens se trouvent autour de nous qu'ils sont réellement avec nous.  C'était quelque chose qui aurait dû me sembler évident depuis le temps, mais que je ne réalisai que maintenant.

▬ Rien ne vous oblige à ouvrir les yeux. Je vous ramènerai des livres de là-bas si vous le désirez, je peux aussi vous mentir si vous souhaitez rester dans votre cocon.  Dire que rien n’a changé, que les Smiths sont toujours aussi grincheux, que les Stones ont encore voulu refourguer leurs ânes malades, je le ferais. Si c’est votre vœu, je serai votre complice dans cet artifice. Mais, si mon cadavre peut se permettre un brin de franchise, je pense que cela vous ferez du bien de voir par vous-même.

Un mince sourire – cependant empli de chagrin – se dessina sur mes lèvres tandis que je me remémorai les personnes évoquées par William, puis nombre d'autres.  Peut-êter devrais-je y aller, oui...  Parce que je, comme je le savais, je ne pourrais pas continuer ma mascarade infiniment.  Un jour ou l'autre, il me faudrait faire face à la réalité des choses.  Et en attendant le jour où je me sentirais prêt, je savais que Will serait là pour continuer à faire semblant avec moi.

▬ Ce Manoir m’écœure Drew. Ces tapis poussiéreux, ces salles miteuses et ces bougies vacillantes me rendent fou. Cet Univers qu’il représente n’est qu’une prison. Je n’ai désiré que disparaitre dans ce théâtre ridicule! Mais finalement qu’est-ce qui nous empêche de changer, si ce n’est justement cette malédiction ? Moi, je n’ai plus la force d’aller vers les autres, plus la force de battre pour une situation plus agréable. Je ne suis qu’un employé, majordome ou non ne change rien à mon Destin. Mais vous le pouvez encore ceux qui peuvent changer notre sort, c’est peut-être vous, les Maîtres du Manoir. C’est aussi pour ça que je…

La main glissa de mon épaule et mes iris cherchèrent ceux de mon ami qui, apparemment gêné, se perdait dans des excuses marmonnées de manière peu intelligible.

▬ Tu me surestimes sans doute amplement...  Je ne pense pas être plus en mesure que toi de changer le Destin.  Mais si tu as perdu la force de continuer à avancer, peut-être que je pourrai au moins tenter de te tirer derrière moi.  Ca semble un peu rude, et ce n'est pas grand chose comparé à ce que tu es en droit d'espérer, mais c'est un commencement, non ?  Tu es là pour m'aider alors... je veux faire de même pour toi.  N'est-ce pas ça être ami ?  Et, avec un peu de chance, il s'avérera que marcher à deux est plus simple que continuer à ramper seul.

Je souris tendrement, dans un espoir de parvenir à encourager un peu cet homme qui m'avait toujours été si cher et qui, de plus en plus, semblait avoir besoin d'aide.  Mais, après tout, j'en avais peut-être tout autant besoin.




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MessageSujet: Re: Soirée au coin du feu ;; Will   Jeu 24 Juil - 21:56

Soirée au coin du feu

Il n’avait jamais mérité tant d’attention, tant de réconfort. William avait été celui qui durant toute sa mort avait maudit autrui de ce sort funeste, celui qui avait lacéré son cœur par le Spleen. Il avait considéré ses compères de malédiction comme des personnes avec qui il n’aurait plus rien à partager mis à part ce simulacre d’existence. Pourtant les mots de Drew étaient comme cette cheminée. Ils lui réchauffaient le cœur, ils réveillaient cette humanité qu’il avait jetée aux oubliettes. Il avait pourtant détesté le jeune maître, comme tous les autres.

Mais tout le monde avait le droit de faire des erreurs n’est-ce pas?

Le majordome avait relevé la tête, pour se noyer dans les yeux du jeune blond. Tout aussi naturellement qu’un bateau flottait, il esquissa lui aussi un très léger sourire, de celui qu’on annonçait qu’un mort avec bien vécu même s’'il était parti trop tôt. Drew avait déjà bien assez de soucis comme ça, quelque part, il avait honte de s’imposer comme cela à cet ancien ami. Mais paradoxalement, ces paroles l’avaient atteint, au plus profond de son âme. Il en pleurait presque, mais un homme ne pleurait pas, aussi misérable qu’il était. Enfin c’était ce qu’il aimait croire, sachant qui était sujet à ce genre d’enfantillage quand il ne voyait plus d’espoir dans cette malédiction.

Mais près du feu, il n'était plus seul.


« C’est ce que j’aimerai croire Drew, vraiment. Deux amputés valent mieux qu’un probablement, mais pour un condamné et un blessé je ne le crois pas… »


William ne croyait pas en un avenir meilleur, William espérait un miracle, c’était la seule chose qui pouvait les faire sortir de ce cauchemar. Mais ce n’était que parce qu’il le voyait ainsi que cela lui était insupportable. Lui aussi avait voulu être aveugle, ne jamais savoir que le village qu’il avait connu n’était plus. Mais d’un autre côté, c’était sa seule échappatoire. L’arrivée des invités était peut-être la solution, mais seul l’avenir leur dirait. Toutefois, il y avait quelque chose qu’il voulait partager avec cet être cher. Quelque chose qu’il n’avait plus dit depuis des années.

« Vous savez, aujourd’hui, j’ai la certitude que s’il y a quoique soit que je pouvais faire pour vous sauver de cette malédiction, je le ferais sans état d’âme. J’avais cru être seul dans cette fatalité, mais vous étiez là depuis toujours, sans que je ne m’en aperçoive. Je suis vraiment désolée de ne l’avoir pas vu auparavant. Ce n’est pas la première fois que vous illuminez mon existence, et je vous en remercie. Essayons de boiter alors, si cela est votre souhait… »


Déjà à son arrivée dans le manoir, il avait été là. Par sa nature sociable, Drew l’avait aidé à s’intégrer dans ce nouvel univers. Ce n’était peut-être rien pour lui, mais grâce à cela il avait pu récupérer cette enfance qui l’avait laissé de côté pour recevoir les mérites de son père. Alors, pour lui rendre ce soutien précieux il serait son fidèle serviteur encore une fois. C’était peut-être pour cela qu’il souriait davantage, aussi qu'il s’était courbé à sa dernière phrase en signe de respect.

Parce qu’il lui devait la joie de son vivant, il tenterait de ne pas oublier qu’il n’était jamais trop tard pour avancer.

"Un feu ne chauffe que pour les âmes qui acceptent ses caresses. Alors je serai celui qui le nourrirait, quitte à m'en brûler les doigts si cela te permet de dormir en paix. "

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MessageSujet: Re: Soirée au coin du feu ;; Will   Sam 16 Aoû - 15:33


Sourires & Sacrifices
A l'entente de mes paroles, un mince sourire se dessina sur les lèvres de mon ami.  Sourire qui semblait cependant plein de retenue, comme si, au fond de lui, William n'était pas tout à fait convaincu par ce que je venais de lui dire.  Les mots qu'il prononça alors ne firent que confirmer ma pensée.

▬ C’est ce que j’aimerai croire Drew, vraiment. Deux amputés valent mieux qu’un probablement, mais pour un condamné et un blessé je ne le crois pas…

Ce pessimisme n'avait rien de nouveau, mais j'avais l'impression qu'il ne m'avait jamais autant peiné.  Les coins de mes lèvres retombèrent et mon regard alla une fois de plus se perdre dans les flammes.  Je voulais croire en un avenir meilleur, parce que je savais que nous avions déjà touché le fond il y a longtemps.  A présent, c'était à nous de décider si nous allions rester dans les ténèbres ou tenter de remonter vers la lumière.

▬ Vous savez, aujourd’hui, j’ai la certitude que s’il y a quoique soit que je pouvais faire pour vous sauver de cette malédiction, je le ferais sans état d’âme. J’avais cru être seul dans cette fatalité, mais vous étiez là depuis toujours, sans que je ne m’en aperçoive. Je suis vraiment désolée de ne l’avoir pas vu auparavant. Ce n’est pas la première fois que vous illuminez mon existence, et je vous en remercie. Essayons de boiter alors, si cela est votre souhait…

Il me fallu quelques secondes pour réagir à ces mots, qui me semblaient si inattendus.  Doucement, je me tournai vers mon ami, cherchant dans son regard la lueur qui m'indiquerait qu'il ne pensait pas ce qu'il disait.  Je ne la trouvai cependant pas.

▬ Ne dis pas des choses comme ça...  Tu serais capable de me faire rougir malgré le fait que je suis mort !  Et puis... Toi aussi tu as été là pour moi.  Un peu moins ces dernières décennies, certes.  Mais lorsque nous nous sommes rencontrés, tu es devenu l'ami dont j'avais tant besoin, et je t'en suis reconnaissant.

Je souris doucement, embarrassé à la fois par les paroles de William et par ma propre confession.

▬ Mais tu sais, je m'en voudrais si tu devais te sacrifier pour me libérer de notre malédiction, et je m'en voudrais aussi si j'étais le seul à m'en sortir.  Alors ça te fait une raison de plus pour ne pas dire ce genre de choses, n'est-ce pas ?


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MessageSujet: Re: Soirée au coin du feu ;; Will   Mer 20 Aoû - 11:58

Soirée au coin du feu

Une gêne réciproque, un sourire bancal. C’était  à cœurs ouverts qu’ils revivaient de nouveau. William avait oublié ces sensations, il y avait des décennies e cela. Il n’y avait que les enfants qui avouaient leurs sentiments sans artifice et c’était peut-être ce qu’ils redevenaient. A ce moment où ils s’étaient rencontrés, le Destin leur avait donné ce bonheur de se côtoyer. S’ils avaient pu revivre leurs vies, ils auraient sans doute souhaité se retrouver une nouvelle fois. Parce qu’ils avaient été des amis proches, ils avaient comblé un manque chacun de leur côté par cette présence. Amis, c’était une belle formulation, mais pour William, c’était un peu plus complexe. Oui il avait été son ami, son fidèle compagnon de jeunesse, mais aussi son fidèle serviteur.

Cette dévotion aurait été absolue, s’il n’avait pas été brisé.

Alors il riait avec embarras à cette confession. Parce qu’il n’aurait pas pu espérer mieux. Il avait traîné ceux qu’ils aimaient dans la boue, il s’était tué à les haïr pour mourir enfin, et malgré tout, on continuait à lui tendre une main bienveillante. Si c’était cela le bonheur, alors il n’essayerait de ne plus oublier cet étrange cliquetis. Il était temps de reprendre là où l’horloge s’était arrêtée pour lui. Enfin, plutôt il tenterait d’arrêter de croire qu’elle s’était tue.

C’était peut-être une promesse dure à tenir, mais il le tenterait tout de même.

Même si Drew devait être le seul à s’en sortir, même s’il devait porter cette tristesse à jamais, cela ne changerait pas sa décision. Le majordome était quelqu’un de têtu de son vivant comme dans sa mort. Mais il ne ferait plus part de ses mots, car comme s’il l’avait bien dit, cela ne se disait simplement pas, même s’il le pensait. Il lui souriait légèrement, articulant avec cette raideur caractéristique d’un employé.

« Je ne le dirais plus en effet. J’en serais navré que vous soyez peiné par ma personne… »

Mais une étincelle n’avait presque pas besoin de petits bois pour s’embraser. Il s’était rapproché un peu, juste pour articuler dans un français atténué par un accent à couper au couteau :

«  Mon Ami. »

Son visage n’avait plus les mêmes couleurs.  Le masque de chagrin n’était plus là, et il se levait avec une détermination nouvelle. Il dissimulait ses lèvres qui s’étaient éprises d’une légère quinte de toux, pourtant, il aurait bien pu rire, si l’embarras lui avait permis une telle fantaisie.

« On dit que la langue de Molière est bien plus adéquate pour un discours chevaleresque, mais c’est tout aussi embarrassant en réalité. Veux-tu bien me pardonner cette bavure ou je peux retourner dans ma tombe ? Ou simplement ramener du thé si tu souhaites continuer cette discussion. »

Il ne maniait pas très bien l’humour noir, mais il était compliqué de compiler avec des émotions oubliées. Ce tutoiement était la preuve d’un effort monstre de sa part. La preuve qu’il était de retour en arrière.

Si le temps s’étaient arrêté pour ces âmes maudites, alors il suffisait de le remonter.

"Jamais nous ne pourrions oublier les rires d'antan, alors au lieu de les envier, je tenterai de rire de nouveau "

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MessageSujet: Re: Soirée au coin du feu ;; Will   Dim 14 Sep - 14:40


Amitié & Dévouement
William semblait comprendre mes sentiments, ce qui, au fond, n'avait rien de bien étonnant.  Après tout, il fut une époque où nous connaissions l'autre par cœur, et malgré les apparences, ce temps n'était peut-être pas tout à fait révolu.

▬ Je ne le dirais plus en effet. J’en serais navré que vous soyez peiné par ma personne…

C'était une réponse sincère et attentionnée, mais cependant empreinte du professionnalisme si caractéristique de mon ami.  Sa gentillesse n'avait d'égale que sa dévotion, et même à un instant tel que celui-ci, il ne pouvait oublier son rôle de domestique.

Mais rapidement, le regard de William s'éclaircit, et alors qu'une joie inattendue semblait naître en lui, il s'approcha de moi, déclamant quelques mots dans un français maladroit.

Mon Ami.  On dit que la langue de Molière est bien plus adéquate pour un discours chevaleresque, mais c’est tout aussi embarrassant en réalité. Veux-tu bien me pardonner cette bavure ou je peux retourner dans ma tombe ? Ou simplement ramener du thé si tu souhaites continuer cette discussion.

Je lui souris à mon tour, rayonnant de bonheur à l'idée que, pour la première fois depuis une éternité, mon vieil ami semblait heureux de passer du temps en ma présence.

▬ Je serais ravi de continuer à discuter avec toi !  Bien que je t'avoue que je ne sais pas vraiment quoi te dire.

J'étouffai un rire léger face à la bêtise de la situation.

▬ C'est un peu idiot...  Je devrais avoir énormément de choses à te dire, depuis tout ce temps, et pourtant rien de me vient à l'esprit.  Peut-être parce qu'il y a trop à dire, ou peut-être parce que toutes ces choses n'ont que peu d'importance.  Qui sait...

Dans l'âtre, la lueur des flammes semblait s'être faite plus chaleureuse.


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MessageSujet: Re: Soirée au coin du feu ;; Will   Sam 4 Oct - 9:36

Soirée au coin du feu

Quand les âmes se perdaient, elles n’avaient pas toujours de quoi continuer leurs échanges. C’était sans doute de cette situation que faisait référence le Maître.  Ce n’était pas qu’ils manquaient de sujets de conversation, mais il y avait tellement à dire et rien à la fois. Les pupilles du majordome se perdirent dans le brasier à cette pensée. Songeur, il commençait ses allées-retours entre le fauteuil et le feu, puis réalisant le manque de professionnalisme d’une telle attitude, il cessa ces pas et reprit sa place sur son siège. Mais rien n’avait changé, il n’y avait toujours rien à partager.

Et pourtant cette existence méritait de connaître tout ce qu’il savait. Parce qu’il était son ami revenu des profondeurs de son désespoir.

Il chercha dans ses bribes de mémoire, mais rien ne semblait assez spécial pour se perdre dans les détails. C’était une étrange sensation, ce mélange d’excitation et cette angoisse qui s’entrelaçait pour une douce danse confortable. Malgré tout, il semblait impoli de rester silencieux, alors il tenta malgré tout de dégager quelques choses de sa réflexion superflue.

« Ou simplement que nous cherchons à profiter de cette situation exceptionnelle sans qu’elle ne soit compromise par un mot de trop. Ce n’est pas tous les jours que tu revois un ami de longue date je pense. »

Une pointe de gêne se peignait sur ce visage fatigué par les années, lui redonnant la fraîcheur des temps anciens. Il était étrange comment le  ‘’tu’’ lui donnait cette saveur acide. C’était comme se retrouver à appeler pour la première fois un aîné sans avoir besoin d’user de politesse. D’ailleurs, cela lui était probablement arrivé avec le jeune blond. Il se voyait mal le tutoyer quand il était encore jeune, surtout qu’à cette période, il avait beaucoup de mal à s’exprimer normalement devant les personnes de son âge.

Un fin sourire le contamina, ainsi qu’un petit rire.

«  C’est embarrassant, je ne pensais pas que le tutoiement me mettrait mal à l’aise ainsi. Pardonne-moi cet état, il faut que je reprenne mes anciennes habitudes. »


Cela ne lui serait pas facile, mais il ferait de son mieux pour retrouver ses marques. Il avait eu le droit à cette nouvelle chance, il ne voulait pas la gâcher  pour une attitude oubliée. Il ne désirait que rattraper un peu le temps perdu, ou plutôt le temps gagné par sa mort.

Pour l’instant, il ne voulait plus devenir une marionnette, juste récupérer ses traits enfouis par les âges. Pour sourire à ses côtés.


"Tu as été ce camarade d'autrefois et l'ami d'aujourd'hui, et pourtant je garde l'embarras des étrangers... "

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MessageSujet: Re: Soirée au coin du feu ;; Will   

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Soirée au coin du feu ;; Will

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